« L’écologie politique est la seule alternative du pays », Sayoba Zongo du RDEBF

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Burkina-parti-écologiste
Dans le but de contribuer au développement du pays, on assiste aujourd’hui à une présence significative des jeunes sur la scène politique. Leaders de partis ou militants, ils participent aussi à l’animation de la vie politique au Burkina Faso. La preuve que la jeunesse entend désormais avoir son mot à dire dans les grandes instances de décisions qui concerne sa patrie. FasoPiC a accordé une interview à un jeune très engagé dans la politique depuis une dizaine d’années au sein du parti Rassemblement Des Ecologistes du Burkina Faso (RDEBF).FasoPiC : Présentez-vous à nos lecteurs

Je me nomme Sayoba ZONGO, chargé à la communication du Rassemblement Des Ecologistes du Burkina Faso. J’ai adhéré au parti depuis 2012 et milité pendant cinq (5) avant d’occuper ce poste lors de notre dernier congrès où Ram Ouédraogo, fondateur du RDEBF avait décidé de prendre sa retraite politique. Au-delà de cela, je suis également le président du réseau des jeunes verts de l’Afrique de l’ouest depuis 2015.

FasoPiC : quelles sont vos relations avec les autres partis écologistes ?

Sayoba ZONGO : il faut dire que le parti RDEBF est dans une faitière. Nous travaillons en collaboration avec plusieurs partis écologistes de l’Afrique de l’ouest, et du monde. Nous avons la Fédération des verts d’Afrique de l’ouest et la Fédération des verts africains. Toutes ces fédérations regroupent au total 7 partis politiques à ce jour. Au niveau mondial, nous sommes aussi membre des verts mondiaux qui coordonnent toutes les autres fédérations. Il y a également des structures des jeunes .Au niveau mondial nous avons ce qu’on appelle les jeunes verts mondiaux.

FasoPiC: Parlez- nous de l’écologie politique

Sayoba ZONGO : la définition de l’écologie politique nécessite un petit rappel historique. Les projets de société présentés par les partis au XIXème et XXème siècle se résument globalement à trois grands courants idéologiques tels que le libéralisme, le conservatisme et le socialisme. Ces trois grands courants ayant montré leurs limites, a donné naissance à un nouveau courant de pensée beaucoup réaliste. Il s’agit de l’écologie politique, qui marque la rupture d’avec l’ancien modèle de gouvernance.

Elle se matérialise comme est un ensemble de courant de pensée largement diffusé dans les années 1970 et qui insiste sur la prise en compte des enjeux écologiques dans l’action politique et dans l’organisation de la société. Ce qui appelle à une profonde transformation du modèle économique et social actuel et à une remise à plat de la relation entre l’homme et son environnement.

En définitive, l’écologie politique est une globalité, une pensée qui articule une révolution de la société autour d’un certain nombre d’axes : la protection de l’environnement et la sauvegarde de la nature ; la solidarité sociale ; la citoyenneté et la démocratie ; dans une perspective qui suppose des rapports Nord-Sud différents. Un combat pour l’environnement est toujours un combat social et citoyen, et inversement.

FasoPiC : quelle différence fondamentale y a t-il entre l’écologie politique et l’environnementalisme ?

Sayoba ZONGO : l’écologie environnementale est un courant de pensée et d’idées qui se donne pour objectif la défense de l’environnement en prônant son respect et sa restauration. Une des critiques faites à l’environnementalisme est qu’il ne remet pas en question le mode de fonctionnement de la société et qu’il conserve une vision utilitariste de la nature. On dit de l’environnementaliste qu’il est un écologiste « inachevé ». Pendant que l’écologie politique se présente comme un projet de société qui préconise une transformation de notre modèle de gouvernance sur le plan économique, environnemental, social et politique. Il apparait donc comme un écologiste « parfait ».

FasoPiC : Selon-vous les mentalités des burkinabé sont –elles favorables à l’épanouissement de l’écologie politique ?

Sayoba ZONGO : Il faut dire que cela fait maintenant un quart de siècle que le RDEBF existe. Cependant, il faut comprendre que la protection de l’environnement est aussi culturelle. Alors que l’écologie politique va encore plus loin dans ses actions. Donc Je dirai que au vu du niveau d’instruction, des burkinabé peinent à comprendre notre idéologie. Par ailleurs dans notre système politique c’est compliqué parce que la plupart des burkinabé ne marche pas aujourd’hui avec les idéologies des partis politiques ou les projets de société. C’est plutôt des personnes qu’on regarde. C’est celui qui donne plus qu’on vote, du coup ça pose un problème. La pauvreté grandissante est également un sérieux handicap. Alors que nous voulons faire passer un message. Ailleurs ça marche bien.

En Europe aujourd’hui les écologistes sont en train de prendre de l’ampleur. C’est le cas en Allemagne, au Mexique, en France etc. En Autriche c’est un écologiste qui est à la tête du pays. Au Burkina Faso nous avons espoir qu’un jour le peuple comprendra notre idéologie. C’est le RDEBF qui peut sortir le pays de la situation actuelle. L’écologie politique c’est la seule alternative.

FasoPiC : Au Burkina Faso quelles sont vos actions en faveur de la lutte contre le changement climatique ?

Sayoba ZONGO : Selon la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques(CCNUCC), les changements climatiques sont « les changements de climat qui sont imputables directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s’ajouter à la variabilité naturelle du climat observée au cours des périodes comparables ». Il est clairement établi que l’homme est à l’origine de ce phénomène planétaire. Malheureusement l’Afrique est la région la plus sévèrement touchée et fait face à des sécheresses, de multiples inondations, les pénuries d’eau privant les populations les plus pauvres d’accéder à l’eau et à la nourriture tout en compromettant les moyens de subsistance de millions de personnes. Les enjeux sont donc énormes en ce sens que le Burkina Faso est un pays enclavé et situé au centre de la zone écologique sahélo-soudanienne d’Afrique de l’Ouest.

Les pratiques agricoles occupent 80% de la population active. Cette dépendance de notre pays à l’agriculture nous rend vulnérable à la variabilité de l’environnement et des chocs associés au changement climatique. Le Rassemblement Des Ecologistes du Burkina Faso (RDEBF), depuis plusieurs années sensibilise les populations à prendre conscience de ces enjeux à travers des conférences ; des campagnes de reboisement etc. Cependant nos actions n’ont pas encore un écho réel, mais nous continuons toujours de travailler dans ce sens.

En réalité pour faire valoir ces idées il faut forcement une forte volonté politique et une transformation du modèle de gouvernance d’où l’accession des écologistes a des sphères de décisions au niveau locale et nationale. C’est ceux à quoi nous nous attelons. Nous travaillons en amont pour avoir une forte pression sociale et des actions politiques importantes.

FasoPiC: Ces dernières années le Burkina Faso est confronté à de multiples crises intercommunautaires et au terrorisme, quelle pourrait être la contribution de l’écologie politique pour l’avènement du bon vivre ensemble ?

Sayoba ZONGO : notre pays vie une grave crise sociale et communautaire dont les causes sont profondes, le terrorisme est un phénomène mondial mais celui du Burkina présente certaines spécificités. La situation est très préoccupante, c’est une première dans notre histoire. Entend qu’écologiste bien évidement nous déplorons cette situation qui tend à mettre en péril la cohésion sociale et l’unité nationale.

Nous pouvons apporter beaucoup au pays. L’écologie politique est fondée sur des valeurs de la non-violence, du dialogue, de la justice sociale et de l’équité. Nous devons travailler à rétablir la justice sociale c’est à dire assurer la distribution équitables des ressources nationales, à réduire considérablement le fossé entre les riches et les pauvres, au respect de la diversité culturelle et religieuse des communautés. Il faut des campagnes massives de sensibilisation.

 

Propos recueillis par Michel CABORE

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