Se battre pour survivre : Ces enfants qui sont exploités

0
1- A la fin de la journée, Ibrahim Ouédraogo doit faire le compte de ce qu’il a vendu à son oncle

Tout comme les enfants de leur âge, ils ont des rêves qu’ils aimeraient réaliser un jour. Cependant, il est fort probable que leurs rêves ne se réalisent jamais car ils n’ont aucun soutien, ils n’ont personne pour les soutenir, ils ne sont pas scolarisés, ils n’ont aucune qualification. Nous parlons de certains enfants que nous rencontrons au quotidien en ville. Ils sont âgés entre 13 et 17 ans et se battent pour survivre. Ce ne sont ni des enfants de la rue ni des mendiants. Certains vendent des œufs, d’autres sont des cordonniers, d’autres vendent des jouets etc. Leur point commun, ils sont très jeunes, et ils sont confrontés à la dure réalité de la vie. Chacun une histoire propre à lui. Il faut les approcher pour comprendre pourquoi à leur âge au lieu d’être à l’école pour préparer sereinement leur avenir, ils se baladent pour se faire honnêtement un peu d’argent ; de quoi survivre le jour au jour. Nous vous proposons d’aller à la découverte de certains parmi eux et de connaitre ce qu’en pensent leurs clients.
Ils sont jeunes, ils sont des enfants devrait-on dire ; car ils ont entre 13 et 17 ans. Au lieu d’être en classe en train de suivre les cours comme les jeunes de leur âge et préparer plus sereinement leur avenir, on les voit à longueur de journée et même tard dans la nuit dans la ville avec des plaquettes d’œufs ou des articles tels que des colliers traditionnels, des bagues, des jouets, des jeux éducatifs, etc. Ce ne sont pas des enfants de la rue car eux ont un toit qu’ils retrouvent après une longue et dure journée passée dans les rues de Ouagadougou en train de se promener pour vendre leurs différents produits. Ce ne sont pas des mendiants non plus, car malgré leur jeune âge, ils n’attendent rien de personne. La vie ne leur a pourtant pas fait de cadeaux ; c’est donc conscients de ce fait qu’ils se battent au quotidien pour s’en sortir. Si certains sont maîtres de leur destin c’est-à-dire qu’ils travaillent pour eux-mêmes ; d’autres le font malgré eux. Ils le font malgré eux simplement parce qu’ils vivent chez des membres de leurs familles autres que leurs propres parents. Chaque matin ce sont eux qui leur préparent les produits à vendre et attendent qu’ils rentrent le soir pour encaisser la recette de la journée. C’est le cas de Ibrahim Ouédraogo. Agé de 15 ans, il est Burkinabè, mais a vécu une grande partie de son enfance en Côte d’Ivoire où vivent toujours ses parents. Elève en classe de 5e, il a rejoint son oncle à Ouagadougou sur invitation de ce dernier selon ses dires ; car ses parents agriculteurs et ayant des problèmes financiers. Une fois arrivé dans la capitale burkinabè, son rêve de poursuivre les études s’est envolé a-t-il souligné. Il raconte qu’au lieu de l’inscrire dans un établissement scolaire, son oncle lui prépare chaque matin des œufs qu’il se promène pour vendre à longueur de journée. C’est aux environs de 19 heures que nous l’avons rencontré quand il rentrait à la maison de son oncle, située dans les non lotis du quartier la Zone 1. Là, il a droit à un repas par jour c’est-à-dire celui du soir. Bien entendu, il a aussi droit à 200 francs CFA pour se nourrir dans la journée.
Son histoire est semblable à celle de Richard Ky. C’est le nom que nous lui avons donné. Tout comme Ibrahim Ouédraogo, et les autres avec qui nous avons échangé, ce sont des pseudonymes que nous avons choisi pour les protéger et éviter qu’ils n’aient des problèmes avec leurs tuteurs si jamais ces derniers tombaient sur l’article. Tout comme son prédécesseur, il est issu d’une famille de paysans pauvres. Ses parents à lui sont au Burkina Faso, pas à Ouagadougou mais dans un village dont nous préférons garder le nom pour sa sécurité. Selon ses dires, il était en classe de CM1 quand il a débarqué chez le cousin de son père à Ouagadougou pour apprendre un métier. S’il a toujours rêvé posséder un véhicule, son rêve en se rendant dans la capitale était d’apprendre la conduite et avoir son permis a-t-il indiqué. Au lieu de la conduite, il est devenu vendeur d’œufs pour le compte de son oncle. Chaque matin il sort de la maison avec des plaquettes d’œufs bouillis qu’il doit vendre et rentrer le soir pour faire l’état des ventes. « C’est ce que je fais tous les jours » a-t-il soutenu.

3- Orphelin Rahim Kaboré sans aucune qualification se débrouille pour survivre

Rahim Kaboré est aussi à Ouagadougou avec ses frères selon ses propos. Orphelins, ils ont loué une maison dans les non lotis de Karpala, et vendent des œufs pour certains, et d’autres sont des cordonniers ou vendeurs d’autres articles. « Chaque début du mois nous cotisons pour payer le loyer » a-t-il confié. A l’inverse des deux premiers, il vend des éponges, des jouets, des rasoirs, des coupes ongles etc. pour son propre compte. Orphelin très jeune, il n’a jamais pied à l’école et n’a appris aucun métier. Ceci ne l’a pas pour autant obliger à baisser les bras. Il a pris son destin en main en vendant les articles précités pour survivre. Le soir quand il rentre, il ne fait le compte rendu de sa journée à personne d’autre que lui. Le point commun de ses enfants, c’est qu’on peut les considérer comme des laissés pour compte dans la société. Ils ne vont pas à l’école, pas parce qu’ils ne le veulent pas ; mais parce qu’ils n’ont pas le choix. La vie ne leur a pas fait de cadeau ; la société dans laquelle ils vivent non plus.
Mais que pensent leurs clients ?
Ils sont nombreux à être admiratifs de ces enfants battants. C’est le cas de Simon Savadogo. Il dit être conscient qu’à leur âge, les enfants dont nous parlons devraient être en classe pour recevoir une bonne éducation et préparer leur avenir. « Malheureusement ce ne fut pas le cas » regrette-il. Il se demande alors à qui la faute ? D’après lui, c’est la société qui est en cause dans cette situation. Il pointe du doigt également la mauvaise volonté des autorités politiques ; qui selon lui, ne font rien pour leur venir en aide. Il rappelle qu’il existe une loi qui oblige les enfants à suivre une éducation scolaire jusqu’à l’âge de 18 ans avant de décider d’abandonner les bancs ou pas. Son regret est qu’il n’y a pas un suivi de ladite loi pour être sûr de son application. Son opinion est partagée par Alice Sigbéogo. Tout comme Simon Sawadogo, elle est admirative du courage des enfants. Cependant, elle préfère jouer à la carte de la prudence. Tout en estimant que ce sont des enfants qui méritent d’être encouragés, elle estime qu’il faut être prudent à leur égard. D’après elle, ce sont des enfants qui pour la plupart non jamais mis pied à l’école et non appris aucun métier. Le souci selon elle est qu’en grandissant, ils se rendent compte que vendre des œufs par exemple, ne pourra jamais leur permettre de vivre la vie dont ils rêvent, ou fonder une famille. Et pour parvenir à ladite vie, certains sombrent dans la facilité qui conduit à la délinquance car n’ayant aucune qualification et surtout que la société ne leur ouvre aucune porte de sortie a-t-elle indiqué. « Ce sont eux, pas tous bien sûr, qui deviennent plus tard des braqueurs, des coupeurs de route, des cambrioleurs » a-t-elle soutenu. Pour éviter que cela n’arrive, Alice Sigbéogo pense que les autorités politiques devraient mettre en place des structures qui auront pour mission de les accueillir étant jeunes et innocents non pas pour les héberger, mais pour leur apprendre des métiers de leur choix qui leur permettront de devenir des solutions pour la société demain et non des problèmes. Selon ses dires, cette perspective permettra également de lutter contre l’insécurité.

Thierry KABORE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez laisser un commentaire
Veuillez entrer votre nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.