Fleuristes du parc Bangrewéogo : Un (métier) de perdu… un (aide-passager) de gagné !

0
Fleuristes-du-parc-Bangrewéogo

La construction d’un pont sur l’axe rond-point des nations unies-échangeur de l’Est sur la bordure ouest du parc Bangrwéogo a fait des laissés pour compte : devenus difficiles d’accès à cause des monticules qui se sont constituées du fait des travaux de construction du pont, les fleuristes qui y exerçaient voient leurs affaires plomber. Loin de se résigner pourtant, ils ont trouvé une parade : aider les passagers non désireux de faire des longs contours à traverser les amas de terre.

Fleuristes-du-parc-Bangrewéogo Ceux qui à Ouagadougou ont l’habitude d’emprunter la voie qui jouxte l’entrée principale de l’hôpital Yalgado Ouédraogo en direction de l’est ont dû subir les tracasseries causées par la construction en cours d’un pont en lieu et place du rond-point. Un tronçon de quelque trois cents mètres donne en effet le tournis aux motocyclistes surtout, d’autant que pour les besoins de réfection, la voie goudronnée a fait place à une voie rouge dont l’usage est loin d’être des plus agréables à cause des rugosités qui ont surgi. Mais l’érection de l’infrastructure fait d’autres mécontents pour des raisons tout aussi différentes. Il s’agit des vendeurs de fleurs. Du fait des travaux, un amas de terre s’est constitué de part et d’autre d’un caniveau au bord de la voie donnant des allures de tranchée sur l’axe nord de l’ex-rond-point depuis la mi-décembre 2018.Si pour les passagers, cet amas constitue une épine de plus, les pépiniéristes qui exerçaient de ce côté-là, y trouvent étrangement leurs comptes.
Depuis la mi-décembre, ils sont sortis du chômage technique dans lequel les travaux les y avaient confinés. « Il y a trois (03) semaines environ, la voie a été bouchée nous privant du même coup de nos clients et de notre pitance quotidienne. Avec le dense trafic créé par les embouteillages pendant les fêtes (Noel et Saint-Sylvestre), j’ai proposé à mes amis qu’on se constitue en groupe pour aider les passagers qui le désirent à traverser » explique, bravache, Ouédraogo Aboubacar qui n’a chaque fois de cesse de s’excuser pour proposer ses services chaque fois qu’un client arrive. Avec un étonnant sens du marketing : « Nous ne demandons pas beaucoup. Et puis de toute façon, le détour est vraiment long. Vous avez tout à gagner en vous faisant aider… »

Bonne foi
Fleuristes-du-parc-Bangrewéogo Tout remonté auprès des passagers qui refusent le service, Dominique Zabré se lâche : « Nous faisons le travail en toute bonne foi. Il arrive même de porter des gens sur nos épaules lorsqu’il s’avère qu’elles ne peuvent pas traverser ». Puis montrant les écorchures qu’il a subies sur le pied, il confie : « Aucun de ceux que nous aidons n’a déjà subi la moindre égratignure alors que nous, nous en subissons beaucoup ». Pour celui qui dit exercer le métier de vendeur de fleurs depuis plus de 20 ans, le travail d’ « aide- passagers » est ingrat parce que beaucoup de passagers se font aider sans pour autant songer à mettre la main à la poche. « Si tout le monde consentait à payer, je serais peut-être à dix fois plus » estime-t-il tout en montrant une poche contenant des pièces qu’il a glanées. Dédui Biyé, un client qui vient de se faire aider, apprécie positivement leur initiative mais en veut à l’Etat qui « confie des marchés à des gens qui ne veulent pas travailler ». Pour lui, l’entreprise qui a à sa charge la construction du pont est la responsable de tout ce calvaire. Il est vrai que les travaux piétinent…

Le travail compense notre perte
La mauvaise fortune de Dominique s’explique-t-elle par le fait de sa position sur le « mauvais bord » ? Peut-être. En effet, à cause des barrières-qui n’occupent pas pour autant la voie sur toute sa largeur-placées par l’entreprise chargée de la construction de l’infrastructure sur le coté qui mène aux quartiers nord, beaucoup de passagers se dissuadent de poursuivre leur chemin jusqu’aux aide-passagers de circonstance. Toujours est-il que-du fait qu’il est placé sur le bord opposé- Boubacar lui, semble mieux tirer son épingle du jeu. Ce que son enthousiasme ne trahit pas : « C’est vrai qu’avec la construction du pont, les fleurs que nous avions pour Noel ne trouveront pas preneur mais en faisant traverser les gens, nous compensons le manque à gagner causé par la perte de notre clientèle ». Dans un ton qui frôlé le cynisme, il confesse : « Avec les 6000 à 7000 francs que chacun gagne par jour, nous autres voyons d’un très bon œil le fait que les travaux n’avancent pas. Plus le chantier restera abandonné, mieux ce sera pour nous ». Reste à savoir pendant combien de temps ce vœu restera exaucé. Sur le chantier beaucoup d’ouvriers s’affairaient annonçant peut la reprise prochaine des travaux.

Soumana LOURA

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez laisser un commentaire
Veuillez entrer votre nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.