Afghanistan: offensive talibane dans l’Ouest, l’armée et l’Otan en renfort

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Les forces de sécurité afghanes et américaines ont effectué des frappes mardi sur des positions talibanes dans la ville de Farah, dans l’ouest de l’Afghanistan, en riposte à une vaste opération déclenchée dans la nuit par les insurgés pour tenter de s’en emparer.

Cette attaque talibane sur Farah, capitale de la province du même nom, est la première du genre depuis le lancement fin avril de leur offensive de printemps. Elle avait démarré aux alentours de minuit dans la nuit de lundi à mardi, selon des sources locales et se poursuivait en fin de journée mardi.

Des renforts ont été déployés tôt mardi depuis les provinces voisines, notamment des forces spéciales et des commandos, a indiqué un porte-parole du ministère de l’Intérieur, Najib Danish.

« Les premières informations suggèrent que l’ennemi a subi de lourdes pertes. Les forces aériennes afghanes et étrangères participent à l’opération », a-t-il assuré.

Les forces de l’Otan en Afghanistan ont confirmé avoir dépêché des avions en appui aux forces afghanes. « Des A-10 de l’Air Force américaine se trouvent au-dessus de la ville de Farah », a indiqué la mission Resolute Support dans un communiqué en fin d’après-midi.

– « Combats intenses » –

« Les opérations sont en cours », a ajouté la mission dans la soirée, précisant avoir effectué « une frappe de drone et une démonstration de force avec les A-10 ». « Des dizaines de talibans ont été tués (…). La ville demeure sous contrôle du gouvernement ».

Un porte-parole du ministère de la Défense, Mohammad Radmanish, a pour sa part fait état en fin de journée de 4 militaires tués et de « dizaines de combattants ennemis abattus ».

« Des poches de résistance ennemie persistent dans certaines petites zones de la ville (…) mais nos forces combattent l’ennemi avec un très bon moral », a-t-il ajouté.

Les insurgés se sont emparés d’un district et d’une partie d’un autre, avait auparavant déclaré à l’AFP une membre du conseil provincial, Jamila Amini, depuis Farah.

« Des combats intenses se poursuivent à l’intérieur de la ville et des avions ont tout juste commencé à bombarder les positions talibanes », avait-elle dit.

« La situation est très mauvaise », avait déclaré plus tôt à l’AFP Satar Hussaini, un responsable tribal, évoquant des « combats intenses » et la présence de talibans « dans la ville ».

Certains insurgés sont réfugiés dans des zones résidentielles, compliquant le recours aux armes lourdes par les forces afghanes, a déclaré le gouverneur de Farah, Abdul Basir Salangi, à Ariana News. « Mais nous reprenons quand même les positions une par une », a-t-il assuré.

– Pavot et gazoduc –

Les talibans ont appelé dans un communiqué les habitants à rester chez eux et à « garder leur calme ». Ils ont également publié sur les réseaux sociaux des photos qui selon eux les montrent à l’intérieur de la ville et indiqué combattre pour le contrôle de la prison centrale de la ville.

Farah, frontalière de l’Iran, est une province reculée de l’Afghanistan, où la culture du pavot est répandue et qui a été le théâtre d’intenses combats ces dernières années.

Les insurgés ont essayé à trois reprises de s’emparer de la capitale provinciale en 2017, selon le réseau d’analystes Afghanistan Analysts Network. Farah doit en outre accueillir un tronçon du projet de gazoduc TAPI (Turkménistan, Afghanistan, Pakistan et Inde). Les talibans se sont dans le passé déclarés prêts à coopérer avec le projet.

Cette nouvelle attaque intervient alors que les talibans ont récemment lancé leur offensive de printemps, multipliant les assauts contre les forces de sécurité afghanes, en un rejet tacite d’une récente offre de pourparlers de paix de la part du président Ashraf Ghani.

Quoiqu’il en soit, l’offensive à Farah « n’aurait pas dû prendre les forces gouvernementales de cours », estime l’analyste militaire et ancien général Atiqullah Amarkhail.

« Même les citoyens ordinaires avaient conscience que les talibans gagnaient progressivement du terrain et devenaient une force formidable dans la province », a-t-il affirmé à l’AFP.

Selon lui, le gouvernement et les responsables de l’armée ont « fermé les yeux » sur ces faits, jusqu’à ce que les insurgés pénètrent dans la ville.

Le gouvernement afghan ne contrôle que 56,3% des districts du pays, les autres étant « contestés » ou sous la domination des talibans pour 14,5% d’entre eux, selon un rapport officiel américain publié début mai.

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